Le 2 mai 2026 : Palerme, le marché et une coupole d'exception.
19 juin 2026Texte en italique d'Edmond
Le petit déjeuner est servi dans ce qui fut sans doute un salon d’apparat, il donne sur la via Maqueda. Le plafond, quatre mètres au-dessus de nous, est magnifiquement peint à fresque, à tel point qu’on doutera de son authenticité ; mais il parait que si, c’est bien celui du temps du prince. Les mets sont peu variés, à dominante doucereuse, c’est ainsi dans toute la Sicile. On y goûte peu les fruits frais et les oranges pressées, mais beaucoup les petits pains et croissants fourrés de substances du genre confitures, avec un subliminal parfum de loukoum. Et en plus ça vous laisse les mains poisseuses. Tout dans ce petit hôtel est géré par Islam Charif, très attentionné, genre jeune serviteur du Bengale, vous savez, celui qui vous sert le thé de Darjeeling en vous glissant en confidence que Sir William n’est pas encore levé, il est revenu très fatigué de sa chasse au tigre, Sahib. Eh bien , c’est lui ! On suppose que la moitié du quartier est de sa famille.
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Face au buffet la télé est calée sur RAI Uno, qui diffuse d’abord un journal très riche en crimes et procès, puis la météo présentée par un officier de l’aéronautique en grand uniforme : globalement il fera beau, pas très chaud, et venteux. Au nord de Naples il pleut des cordes. Ensuite c‘est un magazine généraliste présenté par Daniela je-ne-sais-plus-son-nom assistée d’un homme d’un certain âge, qui s’applique à faire le prestigieux. Tous les matins (car on va y passer quatre matins) on quittera le salon avant de savoir de quoi précisément ils vont parler.
Bien sûr nos prises électriques mâles ne rentrent pas dans leurs femelles. Mais Islam nous indique la petite boutique de son cousin un peu plus loin dans la rue, on y trouve de tout. Il s’avère que dans cette rue Maqueda il n’y a que des petites boutiques tenues par des bengalis moustachus ou imberbes, enturbannés ou pas, qui vendent en effet de tout. On y trouve facilement les adaptateurs ad-hoc, il n’est pas sûr que ce soit chez le cousin, mais on s’en tape.
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Et on part à la découverte du quartier, qui est celui du plus célèbre marché de Palerme : Ballaro. Cela se trouve dans les petites rues adjacentes à la via Maqueda. C’est un indescriptible entassement, dans un paysage urbain antique et chaotique qui semble parfois émerger d’un bombardement nocturne par Donald Trump, d’étalages profus de poissons et de fruits, de restaurants de rue, de marchands de bricoles, battus par la marée de la foule nonchalante et braillarde. On se laisse porter comme par le flot d’une catastrophe cévenole, parfois une voiturette Piaggio fend la foule, et rien d’autre n’est possible que de suivre le courant, quoi qu’il arrive. Et ça gueule. Dans ces décombres vénéneux serait né, en 1743, le comte de Cagliostro. Au passage on aperçoit sur les murs de petites effigies de la Vierge, fleuries ou non, sur de légers carreaux de faïence bleutée, sous lesquels des plaques à moitié effacées certifient qu’un évêque d’il y a trois siècles accorde cent jours d’indulgence à qui récitera à cet endroit un Ave Maria. Toute la Sicile en est pleine. Ces princes de l’Église devaient être féministes car jamais il n’est question d’un Pater. On ne prie que les femmes : sainte Agathe, sainte Rita, etc . C’est là aussi que se situe la scène ultime du « Guépard » de Visconti, quand le prince de Salina qui sait qu’il marche vers sa mort, se signe au passage du Saint Sacrement.
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Il y a même la boîte aux lettres pour lui laisser des petits messages !
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Au centre du tourbillon l’espace d’une placette laisse apercevoir l’entrée d’une église « plus belle coupole de Palerme » selon l’écriteau préalable qui la vante. C’est l’église du Gesu, œuvre des Jésuites. Après avoir visité sa terrasse, et à l’ombre de sa masse fragile on va déguster d’excellentes fritures d’éperlans (à vrai, dire je crois qu’elles sont aussi bonnes à Poitiers, et il n’est pas exclu que, surgelées, elles viennent de Poitiers, mais ce n’est qu’à Palerme qu’on peut les savourer avec une fraiche bière Messina, aux cristaux de sel sicilien).
Vue depuis l'église du Carmel
Les petits restaurants dans ce marché sont nombreux mais le choix du menu est assez codifié. Ce n'est pas le style caétéria même si les plats sont exposés en devanture.
Avant de terminer cet article, quelques bruits du marché : cliquez sur le lien et si vous activez le traducteur, la dernière phrase est plutôt...