Voici le récit d'un voyage que nous avons effectué en Sicile entre le 1er et le 15 mai.

Les photos sont de moi mais tous les textes en italique sont de mon époux: Edmond pour les intimes.

Arriver, un soir de premier mai,  à l’aéroport de Palerme, après des tours et détours en survol de baies, golfes et pointes montagneuses incompréhensibles, c’est recevoir un coup de fraicheur sur le tarmac dans la quasi pénombre du crépuscule. Le vent suffit en effet, revêche et décoiffant, pour donner une idée du pays : ça gratte.

Peu après le départ, le lac de Paladru.

Les Alpes

 

La Corse

 

À la sortie du grand hall des arrivées, à droite, première initiation aux mœurs locales. Le bus « Prestia e Comandé » qui assure la liaison avec la ville distante de 30 kilomètres, est là, entouré d’une petite cour de touristes qui tous espèrent. Ils ont tous lu le même genre de guides, qui leur conseillent ce moyen de rejoindre la ville. Vous pensez, pour avoir acheté sur internet deux passages jusqu’à la gare centrale de Palerme, que vous êtes tirés d’affaire ? Non, vous n’êtes rien. 

Rien.

Car pour que ce papier surchargé de QR codes et inscriptions propitiatoires des temps actuels soit opérationnel, autre chose qu’une apparence, il faut l’approbation du chauffeur, important bonhomme qui veille au pied de son escalier de l’avant, et vous intime d’abord, si vous allez à la Gare centrale, l’ordre de mettre vos valises dans la partie gauche de la soute du véhicule. Parmi les touristes vous seuls comprenez et vous exécutez. Et vous présentez votre papier. Et là, il vous dit :

« completo ».

Alors vous ressortez les bagages de la soute, vous dîtes « je vais aux toilettes » et la nuit s’épaissit. Vous revenez et la situation est la même, le vent est froid, le premier bus est parti, un autre bus est là, dirigé par une autre important chauffeur qui examine votre laisser-passer californien et vous dit :

« completo ».

C’est une arnaque, une combine pour envoyer (avec contrepartie financière) les voyageurs à la station de taxis. Vous protestez au guichet de la compagnie où l’employé fait des mines, et ne veut pas se prononcer sur vos chances d’arriver un jour à votre destination. Au suivant dans la file. Parmi les suivants, miracle, une dame sicilienne qui parle le français s’entremet et explique à l’employé qu’on a payé sur internet et qu’il nous faut deux billets. Bon, dit l’autre,  et il imprime les billets. C’était aussi simple que cela. On embrasse la dame sicilienne et on revient vers l’important chauffeur qui, sur le coup, n’est pas content du tout. Il part furieux vers le guichet, son autorité a été bafouée, on craint le pire. Dans l’ombre deux silhouettes s’agitent : on retient son souffle. Et puis le chauffeur revient et nous donne l’ordre d’entrer, cet ordre étant la seule façon de sauver sa dignité. Il y a de la place tout au fond du bus, où nous rejoint la dame sicilienne.

Et on part, on glisse dans la nuit, noire d’abord dans les banlieues nord, puis éclairée par les vitrines des boutiques de luxe de la via Isidoro Carimi, et de la via Roma, et des façades illuminées du Teatro Politeamo, et du Teatro Massimo, le plus grand opéra d’Italie. Et au fur et à mesure qu’on se rapproche de notre destination, la gare centrale,  et des quartiers de la vieille histoire palermitaine, les façades se délabrent, les passants composent un paysage urbain trouble qui évoque Calcutta, c’est très exotique. On débarque à la gare centrale, l’hébergement est à 7 minutes à pied. Le réseau urbain autour de la gare n’est sécurisé que par une multitude de feux orange clignotants qui veulent dire : faites ce que vous voulez, on s’en fout. Le soir il n’y a pas trop de circulation. On s’adapte. On y a intérêt car les jours suivants les mêmes feux seront perpétuellement clignotants, bien que l’endroit soit des plus passagers. Au 26 de la via Maqueda, très vieille artère devenue piétonnière, en plein quartier Ballaro, devant une immense porte encadrée de hautes colonnes sombres, on sonne, on entre, et on est dans la cour, délabrée comme il se doit, d’un palais du XVIIIème siècle, celui du prince de Custo, au centre de laquelle monte vertigineusement un palmier fatigué. Dans cette cour, une odeur d'huile d'olive entêtante. Sur de grosses dalles de basalte un peu disjointes stationnent des véhicules poussiéreux et passent des chats lymphatiques. Plus quelque enfants qui jouent et une vieille dame qui, dans une guérite munie d’écrans, fait semblant de surveiller. Au fond, un monumental escalier de porphyre qui se dédouble sur le premier pallier, nous mène, au fil de 52 marches, vers la porte d’entrée de l’hôtel. Quand on la pousse on entre dans un univers blanc, lumineux, fonctionnel, tenu par des bengalis, comme tout le quartier. Il serait même trop impersonnel si la fenêtre de la chambre ne donnait pas sur la grande cour décrépite et ne laissait entrer, au lever du jour, les cris des mouettes qui ont fait leurs nids sur les toits.

Hall d'entrée et étage.

 

 

 

 

 

 

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