Le 5 mai 2026 : Cefalu
01 juil. 2026Texte Edmond
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Un dernier regard à la gare centrale, et sa ceinture de feux clignotants jaunes. Pour une gare centrale d’une ville de 650 000 habitants, celle de Palerme n’est pas du tout impressionnante. Très provinciale, elle commande un axe électrifié de 200 kilomètres qui va de l’aéroport à la ville de Messine et est encore à voie unique sur certaines sections. Le train pour Rome (il prend le ferry à Messine) est annoncé voie 9, c’est pourquoi il arrive voie 7. Pas grave.
Notre objectif est Cefalu, à 70 kilomètres sur la côte de la mer Tyrrhénienne. On traverse des banlieues timidement industrielles et jaunâtres, des stations balnéaires un peu désordonnées, c’est du moins ce qu’on voit du train, on en retient là comme ailleurs l’impression d’une population abondamment concentrée sur les côtes. La densité globale est déjà forte (190 habitants au km2, 94 seulement pour la France) mais compte tenu des nombreuses régions de montagnes, dans toutes les plaines côtières de Sicile on s’entasse.
Cefalu est, au-dessus d’une plage de sable, une sorte de Saint-Tropez surplombé immédiatement par une abrupte falaise calcaire de près de 300 mètres de haut. On songe à la ville de Cassis, sauf que Cefalu est immédiatement sous la menace de sa falaise.
Sur le haut de la ville, Roger II, roi normand qui cherchait à contenir les musulmans, fit construire vers 1140 une cathédrale que sa position dominante fait paraître colossale. D’autant que le visiteur, englué dans les rues étroites qui y mènent, la découvre au dernier moment, installée au sommet d’un long escalier : c’est la surprise.
Quand on arrive de Palerme et de Monreale, on a une indigestion de splendeurs architecturales, et l’admiration pour la cathédrale de Cefalu en souffre. Il y a pourtant des mosaïques dans l’abside centrale qui sont admirables. On y remarque (il faut bien trouver un sujet d’étonnement) que le Christ pantocrator a les cheveux blonds, lui a -t-on donné les traits de Roger II ? Les chapiteaux du cloitre égalent ceux de Vezelay ou des abbayes catalanes. Roger II ayant eu d’autres préoccupations urgentes, cette cathédrale ne fut jamais vraiment terminée. Les vitraux par exemple ne datent que des années 1980 et, passablement brouillons, laissent le visiteur sceptique.
Ensuite on est parti, GPS à la main, à la recherche du musée Mandralisca, légué à la ville par le baron du même nom au XIXème siècle, et bien sûr situé via Mandralisca.
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Le baron (la Sicile de l’époque était possédée par une multitude de barons) était collectionneur compulsif, donc il y a de tout, sauf des trains électriques car il n’y en avait pas en 1860. Il n’y a à peu près personne dans ce musée, la guichetière et le gardien nous couvent d’un regard amoureux. Une pièce mérite le détour : un cratère grec contemporain d’Aristote dont la décoration représente un poissonnier vendant un morceau de thon à un client. Une autre mérite le voyage : un portrait d’homme par Antonello de Messine vers 1465, et cet homme nous regarde avec un sourire en coin parfaitement énigmatique, aussi célèbre (chez les amateurs) que celui qu’aura la Joconde, 50 ans plus tard. De petite dimension, il est placé au fond d’une pièce obscure, émergeant des ténèbres, il nous suit du regard, on finit par s’échapper, un peu inquiets…. Antonello de Messine est sans doute le plus grand portraitiste de la première Renaissance, enfin, certains diront que non.
Ultima Cena de J. De Matta 16ème siècle
Un petit problème de santé nous a obligé à trouver un médecin, ce qui n'est pas une mince affaire quand on voyage. Pour ce faire il existe la Guardia Medica : Il existe en Sicile un système de consultations urgentes pour des problèmes sans gravité qu’on nomme « Guardia Medica », appellation transparente. On la trouve souvent indiquée sur les panneaux urbains, à côté des restaurants et monuments. Ce n’est d’ailleurs pas le cas de celle de Cefalu, mais Google nous en a donné obligeamment l’adresse. C’est un peu en marge de l’hypercentre, sur un boulevard sans grâce labouré par la circulation routière, deux portails bruns d’un immeuble ancien dont les grandes fenêtres sont condamnées par de sévères barreaux. À 14 heures l’un des deux au moins devrait ouvrir, mais non : aucun interphone ne répond, des affichettes collées depuis Mathusalem sont incompréhensibles, on aperçoit des silhouettes à l’intérieur et il ne se passe rien. Au moins la garde de nuit marche-t-elle ? On y retourne à vingt heures, miracle, un son magique ouvre la porte de droite. Un jeune médecin est à l’intérieur, qui montre que le dispositif de commande de l’entrée ne fonctionne qu’une fois sur dix, il faut appesantir beaucoup son doigt sur le bouton pour que l’impulsion électrique soit délivrée. La consultation coûte 20 euros, à virer à l’agence sanitaire de Palerme. Les médicaments ne sont pas chers, les pharmacies, quoique bien ordonnées et rassurantes, ne font pas dans la modernité rutilante, à la différence des parapharmacies (croix bleues). De toute façon au-delà de vingt heures elles sont fermées.