Texte Edmond

Avaler rapidement les deux ou trois gâteaux et fruits achetés la veille pour le petit déjeuner pris dans le B and B, et se hâter vers la gare pour attraper le régional de 9 heures 10 qui va à Messine et que nous quitterons à la gare de Milazzo, à 10 heures 51. Tous ces convois sont très ponctuels. Depuis hier le vent est tombé et une brume impalpable filtre le soleil. On continue à longer la mer et traverser le même chapelet de petites villes : un fouillis de maisons peu différentes finalement de celles qu’on verrait en Lombardie, déjà on remarque les fréquentes carcasses d’immeubles inachevés qui brunissent aux intempéries. On s’interroge sur les raisons de ces abandons, qui sentent le maffiosage raté. Les petites plages se succèdent. Au loin les silhouettes bleu pâle des îles éoliennes se dessinent sur la mer : Filicudi, Alicudi, Salina, Lipari, Vulcano, Stromboli est invisible car bien plus au nord.

C’est à Vulcano que l’on va. D’abord descendre à Milazzo, cette fois-ci on prend sans discuter un taxi collectif qui coûte 5 euros par personne, le port est à plusieurs kilomètres…. Il fait un peu gris, on déguste une petite pizza en attendant le départ de l’alyscaphe prévu à 12 heures 30. La mer est d’huile et le navire peut profiter au mieux de ses capacités d’hydroglisse. Il met 50 minutes pour parcourir 40 kilomètres jusqu’au petit port de Vulcano, blotti sous le volcan qui donne son nom à l’île. Le village, encore très calme en mai, disperse ses villas blanches dans les petites pinèdes, les bosquets d’eucalyptus et les buissons de figuiers de barbarie (fico d’India). Les plages aussi sont petites, et de sable noir.  Notre hébergeur, Manfredi De Rossi, est l’arrière-petit-fils d’un moustachu qui fut au service du roi des Belges Leopold II, également chef de l’état indépendant du Congo, et c’est bien au Congo qu’opéra l’ancêtre De Rossi, dont le portrait farouche est affiché sur la terrasse. On peut aussi y admirer une charrette sicilienne multicolore du plus bel effet.

La couleur jaune montre la présence de soufre. Si on respire la pierre on sent cette odeur prégnante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Outre le volcan au programme du lendemain, l’attraction de Vulcano est, juste au bord de la plage du Levant, les bains de boue sulfureuse, une eau bouillonnante, jaune et chaude.

Au fond, à droite est apparu en 1888 et très soudainement un nouveau volcan, le vulcanello. Les laves ainsi produites forment ce qu'on appelle "la vallée des monstres"

On dit qu’elle soigne les maladies de peau et des affections respiratoires (en fait, autour de ces sources sulfureuses l’air est chargé de vapeurs irritantes qui peut-être sont bienfaisantes). Ces sortes de geysers peuvent même jaillir sous l’eau translucide de la plage.

Vallée des monstres

 

Le soir, après le passage à la pharmacie où le vieux dottore Pietro Bonnarigo donne d’excellents conseils sur la manière de se faire rembourser en France, par quoi on voit qu’il a une forte clientèle de touristes, dîner chez Don Piricuddu, restaurant qui nous semble appartenir à la famille De Rossi. Les spaghettis alle vongole sont bons, c’est un peu le coup de fusil quand même. À un moment la jeune serveuse se met à nous parler en français : jusque-là elle nous avait pris pour des Italiens (c’est ce qu’elle dit, peut-être pour nous flatter). C’est une Tunisienne qui travaille pour payer ses études à Messine : un master de gestion d’entreprises. Quant à Manfredi il emploie avec sa femme un homme récemment arrivé du sous-continent Indien, avec lequel il ne parle qu’anglais. Plus que jamais la Sicile est au confluent de tous les courants humains.

La plage en soirée : La petite montagne à droite est le stromboli

 

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