Et voilà, c’était mon dernier jour et ce n’est pas le plus aimé.

 

 

Certes je suis trop contente de retrouver mon époux et ma chienne puis dans quelques jours des amis

 

et enfin mes enfants et petits-enfants, sans parler du chat.

 Mais il est difficile de s’arrêter :

le cerveau s’est habitué à la marche forcée ; le sac, ma coquille de tortue, semble fait de plumes sur mes épaules,

 

même si les jambes font parfois souffrir un peu on oublie tout en marchant.

 

Reprendre contact avec la réalité n’est pas si facile.

 

Que dire des gens qui partent plusieurs mois ?

 

J’aurai la tête ailleurs pendant quelques jours, c’est certain et une terrible envie de repartir très vite mais la vraie vie, ce n’est pas ça.

 

Cheminer ainsi ouvre pourtant des horizons sur la nature humaine et ce qu’elle a de meilleur,

 

Chacun met une parenthèse à sa vie, essaye d'oublier ses soucis dans le quotidien du chemin,

 

dans ces lieus si chargés d’histoires anciennes ou même actuelles.

 

Le pèlerin est unique dans sa démarche mais une communauté se forme et on ne se sent jamais seul.

 

 Ce récit a pu vous paraître succinct à certains moments, surtout dans les passages de ville.

 

Je ne suis pas historienne et ma culture dans ce domaine est des plus pauvres.

 

Alors je m’imbibe de l’ambiance du lieu et laisse mes pas me conduire.

 

Et puis, comme je l’ai dit parfois, le pèlerin moderne est pressé.

 

Certains passent d’ailleurs sans rien visiter,

 

ce qui, à mon avis, s’assimile à une sorte de dédain de l’histoire du pays ou des villes qui nous accueillent.

 

Le pèlerin d’antan savait peut-être mieux que nous prendre son temps.

 

Il n’avait pas de montre, s’arrêtait certainement dans les villages, ne serait-ce que pour se soigner ou se reposer.

 

Il ne faisait pas la course, dormait souvent dehors et savait regarder les étoiles.

 

Cette année, le plus gros de mon parcours fut la Meseta (petite table).

 

C’est un lieu particulier et redouté par beaucoup que je suis contente d’avoir connu (je ne le referais pas 36 fois, c’est sûr),

 

fait d’immenses champs de céréales et d’un peu de tournesols qui apportent en été une note éclatante au milieu de l’or des blés

 

ou des chaumes ou encore du brun des terres labourées. Il y fait chaud, très chaud parfois le jour et souvent frais la nuit (à cause de l’altitude).

 

La Meseta est d’une grande monotonie, surtout quand on longe les routes, hormis quelques petites bosses !

 

Bien qu’un gros effort ait été fait pour ménager des chemins à l’écart et la plantation d’arbres sera un plus pour les années à venir.

 

Les pistes d’indien, rougeâtres, tout à fait à l’écart des routes bitumées et sans arbres aucun,

 

nous plongent dans un univers peu connu en France

 

et la solitude est grandiose quand on a la chance d’y passer sans groupe ni devant ni derrière, ce qui fut souvent mon cas.

 

D’ailleurs quand des pèlerins bavards me suivaient, je m’arrêtais quelques minutes pour les laisser passer et replonger dans mes pensées.

 

Le fait d’avoir une vision de l’immensité oblige à regarder les détails si on ne veut pas se perdre dans la désolation :

 

un papillon et il y en avait beaucoup de ces petits papillons bleus ou jaunes, les fleurs du bord des chemins, les signes des autres marcheurs.

 

Toutes ces choses que l’on voit mal quand le regard est attiré par des montagnes ou autres vallonnements.

 

Et puis, il y a les villages, ce sont des bijoux posés dans cette nature où le regard se perd à l’horizon.

 

De multiples églises à visiter (du moins à l’extérieur car peu sont ouvertes),

 

un habitat en général bien entretenu et fleuri et une propreté qu’on ferait bien de copier chez nous, en France.

 

Dans ces contrées monotones, on ne s’ennuie donc pas vraiment.

 

En marchant au rythme de ses bâtons, on regarde souvent ses pieds et son ombre, devant et longue le matin, sur le côté  et très courte à midi.

 

Toutes les idées passent par la tête, les bonnes et on est tout guilleret, comme les mauvaises et parfois la tristesse nous gagne.

 

On déplore comme on s’extasie, surtout quand le soleil levant illumine si doucement les paysages.

 

Quand la fatigue est là, que le sac semble lourd, on déploie des techniques comme de tenir ses bâtons sous le sac pour aider à le porter.

 

La déprime gagne et chaque minute on se demande si on va en voir le bout

 

et quand le village apparaît au loin, Le clocher n’est même plus un signe d’espoir, il reste parfois encore quelques kilomètres avant d’arriver.

 

Et puis, il y a les fois où on se dit… Déjà !  Tout va bien, on est en super forme, il suffit de peu :

 

des pensées positives, une rencontre sympathique, un gîte agréable.

 

On vit au jour le jour avec beaucoup d'humilité sur un chemin si emprunté depuis des siècles

 

que c’est comme une force qui nous pousse vers un but… Saint Jacques de Compostelle.

 

On part, pour beaucoup, avec un projet personnel qu’on ne dévoile à personne,

 

hormis les petits bouts de papier anonymes ou signés d'un prénom, trouvés par-ci-par-là.

 

Pas besoin d’être chrétien pour cela, j’ai rencontré de tout : des athées, bouddhistes, sectaires, intégristes et j'en passe…

 

Et c’est sans doute ce mélange qui fait la richesse du Camino, une sorte de fraternité qui n’attend rien qu’un peu de compassion,

 

une tranche de vie en commun en dehors de la réalité purement matérielle

 

(il en faut un peu quand même, on n'est pas qu'un esprit, il faut manger et dormir).

 

Je ne m’étendrai pas sur le côté un peu trop commercial parfois que l’on fait de ce Chemin.

 

Il faut reconnaître tout de même que grâce au renouveau du pèlerinage depuis quelques décennies, certains villages ont ressuscité.

 

 

Voilà, ce Camino, qu’il soit français ou espagnol, c’est mon histoire à moi et je ne l’échangerais pour rien au monde.

 

Pour finir, une citation…

 

"Partir, ce n'est pas chercher, c'est tout quitter, proches, voisins, habitudes, désirs, opinions, soi-même.

 

Partir n'a d'autre but que de se livrer à l'inconnu, à l'imprévu, à l'infinité des possibles, voire même à l'impossible.

 

Partir consiste à perdre ses repères, la maîtrise, l'illusion de savoir et à creuser en soi une disposition hospitalière

 

qui permet à l'exceptionnel de surgir. Le véritable voyageur reste sans bagage et sans but. "La nuit de feu" -

                                                                                                                      (Eric-Emmanuel Schmitt)


 

 (Afin de rétablir l’équilibre, je remercie mon mari de retenir pour moi, depuis la maison , sur mes indications, les gîtes où je dors.

                                                     Il parle couramment l’espagnol que je ne fais que baragouiner et c’est une grande aide, un souci en moins) 

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