L’agence Avis de Milazzo est dans la même rue que l’hôtel, qui longe le port de voyageurs. Mais c’est un local proche du miteux, tellement improbable et mal signalé que nous passons au moins deux fois devant sans le voir. Le véhicule loué, parqué quelque part dans la rue, est une Lancia epsilon « hybrid » (on n’a jamais su si cette hybridation qui permet de passer à l’électrique à basse vitesse fonctionnait réellement). La carrosserie est un peu raclée de tous côtés. Ce n’est que deux jours plus tard que l’on verra que l’essuie -glace arrière n’a pas de balai. Tout ceci dûment photographié au cas où.

S’échapper par la route de l’aire urbaine de Milazzo et du fourmillement de maisons de la côte n’est pas commode, on se rend compte très vite que la signalisation n’est pas claire, premièrement par abus de ce péché – également constaté en France – qui consiste à vous annoncer théâtralement une direction que plus jamais on ne vous indiquera ensuite ; deuxièmement par l ’effet de la surabondance de petits panneaux multicolores où sûrement se trouve le vôtre, mais étouffé par tous les autres : la direction de Palerme et celle de la pizzeria du coin sont justiciables du même  type de plaque. L’idée du rond-point a gagné la Sicile, mais la réalité du rond-point, non : beaucoup ne sont qu’un gros carrefour vaguement rond où on a planté au centre un gros piquet porteur d’une forêt de panneaux. Arrêtés par les carabiniers pour un contrôle de routine (la seule chose qui les intéresse c’est le permis de conduire, la patenta, ce qui incite à croire que la conduite sans permis est monnaie courante) on leur demande si la route de Novara di Sicilia (SS 185) part bien à gauche un peu plus loin : pas de problème dit le militaire. En fait nous mettrons une demi-heure à trouver son point de départ, après que le GPS nous a promenés un peu partout, jusqu’à la mer et en traversant une installation horticole en bord de fleuve. Ensuite le but est de franchir par un col à plus de 1000 m d’altitude la chaîne des monts Peloritains et de déboucher ensuite sur l’Etna, en passant par Novara, Francavilla et Linguaglossa. Les paysages sont beaux, voire un peu étranges, ces montagnes sont moins élevées que le Jura mais très acérées, la chaussée est souvent déformée par des glissements de terrain mais la circulation est quasi nulle, c’est bien agréable. Après Novara une plaque pour une fois visible nous amène sur la provinciale 5, en direction de Francavilla. D’autres panneaux disent que cette route est coupée à la circulation, on s’est habitués à ne tenir compte de rien, donc on continue. Arrive le panneau fatal : route coupée. Mais il est débordé sur sa gauche par une voie visiblement empruntée par les Siciliens : ils passent, donc on fait de même sur quelques kilomètres avant de retrouver la route officiellement ouverte à la circulation. On franchit le col, il fait gris et frais. On tombe sur Francavilla où on retrouve la SS 185, puis Linguaglossa d’où part la célèbre  « mareneve » (mer et neige) qui monte vers l’Etna avant de redescendre vers Catane. L’Etna, on l’aperçoit de loin enneigé derrière les nuages.

 

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