Le 7 mai 2026 : Le Grand Cratère
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Texte Edmond
Le sentier qui monte au cratère du volcan part de la petite route goudronnée qui se dirige vers le sud de l’île, 500 mètres après notre hébergement. Un grand panneau présente le règlement que doivent respecter les randonneurs, probablement par acquit de conscience car en Sicile seules les règles vitales (souvent évidentes, du genre « ne vous jetez pas dans le cratère ») sont prises au sérieux. En principe le sentier n’est pas autorisé en milieu de journée, va savoir pourquoi, et d’ailleurs un sémaphore (vert, rouge, ou rouge tremblotant, ou de couleur indéterminée) dit si on peut ou non entamer l’ascension. Avec la meilleure volonté du monde il est parfois difficile d’interpréter sa couleur… Y aurait-il en bas une cellule photoélectrique comptant les visiteurs et commandant la mise au rouge du feu quand un certain nombre est dépassé ? En tout cas pour nous, qui avons commencé la marche vers 9 heures, c’est vert. Le volcan culmine à près de 400 mètres, le dénivelé est donc de 350 mètres, d’abord dans une végétation arbustive de genets en fleur et de saponaires accrochés à une terre noire pulvérulente. A mi-hauteur les plantes deviennent très rares, les sels de soufre dominent, le sol est jaune. Par endroits les fortes pluies du dernier hiver ont raviné la pente, il faut faire un peu la chèvre pour progresser, d’ailleurs sur une centaine de mètres on a construit un passage de planches de bois pour remplacer le sentier emporté. Le soleil cogne mais depuis le matin le vent souffle en bourrasques et il ne fait pas chaud. Il fait même froid au sommet, où on débouche après 45 minutes de montée, et où le vent est encore plus fort et continu.
Ci-dessus, au fond, à droite, le Stromboli dont on a même eu la veille la chance de voir un petit panache de fumée s'échapper de son cratère.
Vue impressionnante d’un côté sur un cratère parfait, et de l’autre sur le chapelet des îles éoliennes. A gauche, à quelques dizaines de mètres, la lèvre du cratère crache des fumerolles soufrées assez dangereuses, d’ailleurs malgré la distance, et bien que le vent les éloigne, on tousse. Au loin vers le nord le cône isolé du Stromboli dont nous avions vu la veille une petite fumée en sortir, un panache que le vent fort couchait vers le nord-est. A nos pieds une boîte scellée enregistre les humeurs du volcan. C’est vital car s’il venait à se réveiller ce serait une explosion dévastatrice comme celle du Vésuve qui détruisit Pompéi, ou celle de la Montagne Pelée en 1902.
On en est là des contemplations vulcanologiques quand la compagnie Liberty Lines envoie un SMS avertissant que la liaison en alyscaphe de 17 h 10 est supprimée pour cause de vent violent. Va-t-on rester bloqués sur l’île, ce qui serait la cause d’une cascade d’annulations ou reports cataclysmiques ? On redescend en faisant la chèvre aux mêmes endroits qu’à la montée, et en croisant un groupe de 80 lycéens qui suent et papotent, premier d’une série de groupes scolaires qui nous envahiront, les prochains jours, dans tous les points d’intérêt éducatif de Sicile.
Après pique-nique rapide près du sémaphore qui s’est mis résolument au rouge, on va au port, local de la compagnie Liberty Lines : il est vide mais une affichette explique que les guichets sont à l’hôtel qui donne sur le port, donc on va à l’hôtel, dans l’idée de se faire rembourser et de voir si le grand ferry Siremar qui passe dans l’après-midi pourrait nous ramener à Milazzo. Et là, la dame du guichet nous assure que si le bateau de 17 h 10 est supprimé, celui de 13 h 10 est maintenu : nous partirons donc à 13 h 10, sur un hydroglisseur qui tape sur la vague de façon un peu inquiétante : après tout, Charybde et Sylla, ce n’est pas que dans Homère, c’est dans le détroit de Messine tout proche.
Milazzo, c'est pour la prochaine fois