Texte : Edmond

La route mareneve est totalement dédiée au tourisme. Elle est bien tracée, bien revêtue. On la monte à l’aise, et plus on monte plus le soleil perce. Alors que nous laissons derrière nous Linguaglossa au fond d’une vallée rocailleuse parsemée de cactus, celle du fleuve Alcantara, l’Etna se présente en face comme une énorme masse un peu confuse, montant jusqu’à près de 3 500 mètres et de ce fait écrasant toute la région. Très vite la pente est couverte d’une forêt de pins mêlés de bouleaux et de chênes, poussant sur des éboulis de basalte, et cachant les sommets. On sent qu’ici l’ombre doit être délicieuse en été, et que l’Etna, pour les gens de Catane, est un immense parc récréatif.

Passée une dizaine de kilomètres on sort de la forêt pour traverser une coulée de lave descendue en 2002 : chaos de rochers noirs et bruns, certains gros comme des camions. On débouche dans une zone moins dévastée, les pins y ont résisté, la neige apparait sur les bas-côtés, quelques maisons de bois récentes composent ce qui se veut une station de ski nordique : fin de la route. On sort, il fait froid, on est à Piano Provenzana, 1850 mètres, et on voit au-dessus de nous la masse du volcan enneigé qui nous surplombe de plus de 1 500 mètres. Des nuages s’y accrochent un peu, à moins que les cratères ne fument, ou un mélange des deux ? La dernière éruption remonte à janvier 2026, c’est très peu.

Les pieds dans la neige

Certains essayent de monter en haut de l'Etna et ses multiples cratères. mais pour cela un guide est nécessaire. A cette époque de l'année, il est presque impossible d'y arriver et ceux qui tentent finissent par redescendre mais très fiers d'annoncer à quelle altitude ils se sont arrêtés. Finalement, notre petit Vulcano n'était pas si mal!!!

La mareneve redescend vers Catane, plus précisément le village de Fornazzo, mais il faut d’abord perdre plus de 1000 mètres d’altitude, toujours en serpentant dans la forêt de pins, de chênes et de châtaigniers, et en coupant et recoupant la coulée de lave de 2002, ou de 2004, celle qui s’arrêta justement non loin de Fornazzo.

Notre « hôtel » du genre agriturismo, est à proximité de Fornazzo. La gérante est indifférente, lymphatique et avare. Mais ça va.

En dessous de Fornazzo, dans le village de Sant Alfio, se trouve le plus vieil arbre d’Europe, son âge varie selon les experts, entre 2 000 et 4 000 ans. C’est un châtaignier qui se présente sous l’apparence de 10 arbres en bouquet, mais il parait que c’est le même tronc. Sa frondaison couvre des centaines de m2, la légende dit que Jeanne d’Anjou, en son temps reine des deux Siciles, qui avait un peu froid s’est réchauffée en se faisant honorer par cent cavaliers, d’où le nom du châtaignier : « l’arbre aux cent chevaux » (ou cavaliers ?). Pure exagération.

À Fornazzo, village frisquet en effet (on est toujours en montagne) et déserté bien qu’on soit vendredi, une seule trattoria est ouverte. Mal notée sur les réseaux elle se révèlera très convenable. Et tout autour la nature est d’une luxuriance insolente : vignes sous vergers, vignes en espaliers et sur terrasses herbeuses, tonnelles regorgeant de glycines et massifs d’iris mauves, tout est vert et fructifère, c’est la même fertilité dévorante qu’autour du Vésuve.

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