Le 12 mai 2026 : Agrigente
19 juil. 2026/image%2F0654475%2F20260627%2Fob_801f9e_capture-d-ecran-2026-06-11-204510.png)
Texte : Edmond
Pour se rendre à Agrigente il faut d’abord rejoindre la côte sud à Gela. La route de Gela suit de plus ou moins loin le cours du fleuve du même nom, tellement misérable par endroits qu’on le distingue à peine. Cette fois-ci le cactus, plus précisément figuier de barbarie, visible un peu partout en Sicile, s’organise en champs entiers, semblables vus de loin à de grands vignobles. Il parait qu’on ne l’exploite pas seulement pour ses fruits mais aussi pour sa fibre textile. Mais au fur et à mesure qu’on descend vers le sud le paysage se fige en grandes étendues jaunes aux contours noyés dans la lumière de l’horizon marin. La ville de Gela, si on la traverse vite, n’offre à la vue que des raffineries rouillées et des quartiers populaires fatigués, ourlés de ronds-points problématiques. C’est ici que débarquèrent en juillet 1943 les anglo-américains. On murmure aussi que c’est une capitale de la maffia.
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Ensuite la route, la célèbre SS 115, longe la côte, mais à distance respectable. Elle tourne et retourne dans des vallées côtières adonnées à l’horticulture sous serre. On croise les camionnettes qui ramènent à leur camp de base les migrants occupés aux récoltes. Les minuscules aires de repos bitumées sont parsemées d’immondices. Plus loin, peut-être, il y a des plages, on n’en saura jamais rien. La plage est ennemie, c’est la porte ouverte aux Barbaresques.
Enfin, c’est Agrigente, perchée sur la colline, bien à l’écart des pirates.
Un port
Sous elle se trouve la « vallée des temples » c’est-à-dire la ville antique. Cette soi-disant vallée est en fait une crête séparée d’Agrigente par un sillon où se trouvait un lac et où on a planté aujourd’hui un grand verger. Pour visiter il faut d’abord trouver à se garer, le parking payant semble plein, on se posera comme on peut sur une aire sauvage au bout de la via Santa Anna, le long de la clinique du même nom. Ensuite il faut payer l’entrée et marcher assez longtemps sur la fameuse vallée-crête où on peut admirer sur deux kilomètres une longue série de temples et de petites ruines diverses, tout ce qu’un anglais passionné installé à vie sur le site a pu soustraire à l’impéritie du début du XIXème siècle. Tout le monde a chaud, les chiens boivent aux fontaines, les enfants des écoles s’égosillent mais leurs cris s’évaporent dans l’espace, les guides professionnels pontifient en cinq langues, on peut y passer la journée. Mine de rien c’est un des 5 ou 6 plus grands sites archéologiques grecs de la Méditerranée. Le temple le plus imposant, celui de Zeus (112 m de long), n’est pas celui de meilleure conservation mais ses telamons (cariatides qui supportent la frise sous le toit) sont gigantesques, 10 à 12 m de haut).
Figuiers de Barbarie en fleurs
Temple de Zeus : voilà ce que c'était
Ce qu'il en reste
Temple d'Hercule, le plus ancien des temples d'Agrigente
Temple de la Concorde
Ce temple domine de sa hauteur et offre une vue sur mer (comme diraient les agences immobilières actuelles.
Une nécropole mais cette fois, pas de cadavres !!!
Temple de Junon
L’hébergement est à Agrigente-ville. C’est dans un immeuble de l’entre-deux-guerres situé un peu en retrait d’une promenade publique. Cet immeuble est largement occupé par des cabinets de professions libérales. L’entrée, la cage d’escalier, l’ascenseur, les sols de faux marbres patinés, les portes des logements, tout s’est figé en 1950. L’hôte fait l’effet d’un avocat retraité qui s’est lancé dans le tourisme. Débordant de prévenances, recommandations et explications en tout genre, il est accompagné d’un basset qui aboie nerveusement, et converse avec son autre client : un Belge-sicilien, qui prépare l’accueil d’un groupe de compatriotes. La chambre est impeccablement moderne. Une promenade vers la vieille ville en début de soirée, alors que le temps se couvre, nous fait découvrir une via Athenea populeuse, assez étroite et sombre, une multitude de petits magasins, une placette où a été installée une statue d’Andrea Camilleri assis à la table d’un bar ; c’est l’écrivain qui a créé le personnage du commissaire Montalbano, célèbre par une série télé tournée dans la région. À côté de lui il y a une chaise vide où les passants peuvent s’asseoir. On en reparlera, car Montalbano est un peu partout.
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