Le 16 avril 2025 : Retour à la vie familiale
23 juil. 2025Et voilà, en deux jours, j'avais parcouru Salamanque dans tous les sens, sans le sac à dos évidemment (la mochila en espagnol) qui était resté à l'hôtel et que je ne devais récupérer qu'en soirée. J'avais prévu de prendre un taxi pour aller à la station de bus qui n'était pourtant qu'à 20 minutes mais j'étais fatiguée, le ressort était cassé.
17 heures de bus avant de retrouver les miens
Il me restait un peu de temps, il faisait froid et je me suis réfugiée dans un bar. Au bout d'une heure, le barman me regardait un peu de travers, je n'avais consommé qu'un jus de fruits. C'est alors que j'ai vu, passant devant la vitre, mes amis québécois qui, eux aussi m'ont remarquée. Nous avons pris une consommation supplémentaire avant de se séparer pour de bon. ça m'a fait bien plaisir de les revoir. Il leur restait 470 kilomètres à faire jusqu'à Saint Jacques. Ils en avaient fait la moitié depuis Séville.
Quant à moi, j'en avais fait 360 sans compter les marches en ville !!! J'étais fatiguée par cette douleur au pied qui n'arrangeait rien. Et pourtant j'étais triste de quitter le Camino. C'est une riche expérience que de cheminer comme ça, Le monde est un spectacle, un festival de curiosités que l'on découvre au rythme lent des pas parfois avec quelques surprises agréables ou non et même si on doit compter sur soi-même on sait qu'il y aura toujours quelqu'un pour venir en aide sans jamais s'imposer. Le Camino de Santiago n'est pas facile. C'est une expérience exigeante, pleine de moments difficiles mais aussi de moments inoubliables. On y est testé physiquement, mentalement et aussi pour certains, spirituellement. Évidemment, voyager à deux est plus rassurant, réconfortant et beaucoup sont étonnés de me voir seule sur le chemin. "n'as-tu pas peur?" me demande-t-on? Bien sûr que oui, parfois je suis inquiète mais pas toujours, le chemin est en général bien indiqué et les applications sur le téléphone aident bien. Pourtant, comme je l'ai mentionné plusieurs fois, mes intestins n'étaient pas mes copains et c'était peut-être dû en partie au stress ou à la nourriture qui sait? Qu'arriverait-il le lendemain? L'incertitude fait partie du "jeu" mais elle apporte une petite dose d'adrénaline, celle qui met du piquant dans la vie. On ne compte que sur moi-même pour décider tout simplement et seule ou presque de son chemin, de l'heure où on se lève, où on se repose... Bref, une liberté que l'on n'a pas vraiment à plusieurs, ni même dans une vie commune. En fait, je savais quand même qu'à des centaines de kilomètres, quelqu'un veillait et le téléphone fonctionnait tous les jours entre nous. Être seule aussi sur ce Chemin, c'est faire parfois trop de kilomètres, c'est supporter un sac qui pèse sur les épaules, supporter des douleurs diverses et variées. La solitude peut être parfois un peu lourde mais elle contribue à la réflexion et l'introspection. Et les rencontres ou les partages, ne serait-ce qu'un gâteau ou un mot d'encouragement, prennent tout leurs sens quand on n'a rien d'autre que le sac pour l'essentiel, les pieds pour avancer et la parole pour échanger. Celui qui a fait une fois le Chemin de Compostelle a toujours envie de recommencer encore et encore... (Je dis LE chemin de Compostelle car, bien qu'il y ait plusieurs voies, c'est toujours le même chemin, celui de l'autonomie et de la réflexion).
Afin de clore ce chapitre, je vous offre une vidéo que je vous conseille de regarder directement sur YouTube et en grand format et en HD, elle sera de meilleure qualité.
Pourquoi le choix de cette musique un peu nostalgique? Un jour où le chemin me paraissait pesant, ce n'était que du bitume, j'avais écouté sur YouTube cette musique qui m'avait charmée, elle allait si bien avec les sentiments du moment. Je l'avais mise en boucle pendant cette étape et ne l'avais pas oubliée. Chaque jour est unique et un Adieu au jour qui précède.
Je la dédie aussi à tous mes amis du Camino de la Plata, de toutes les nationalités, les pays, ici, ne sont pas des barrières : Pedro, Robert, Mickaël, Arie et Clarie, Michel, Serge et Nicole, Wiep et Durkje, John et Kyttie, Del, un autre Pedro et Alan, Ralph, Kim et Mischa, Paul et Fergus, Maria et Francesco et tous ceux dont je ne me souviens pas du nom mais avec qui j'ai partagé des dortoirs ou des repas ou même simplement quelques mots ou un signe de la main... Et même un rhume. Tout ceux qui ont joué de la musique et m'ont enchantée. Encore merci pour tous ces moments.
Si ma santé me le permet, je reviendrai pour continuer ma route jusqu’à Saint Jacques de Compostelle... si Dieu le veut... là là.
Et pour ceux qui voudraient avoir l'intégralité de ce pèlerinage, voici le lien, ensuite il restera à faire suivant, suivant, suivant, suivant, suivant...